Notre projet professionnel ne regarde pas l’IEP !

Malgré nos demandes en ce sens, la direction s’apprête à instaurer un dispositif d’aide à l’insertion professionnelle infantilisant, inefficace, coûteux et même contre-productif.

Le principe est le suivant :
Des cours de professionnalisation en 2A notés comme le sport (hors-maquette)
Des cours de professionnalisation en S3 notés et intégrés aux 60 crédits ECTS de base

C’est vraiment une façon très technocratique de voir les choses que de penser qu’il suffit de décréter une mesure pour qu’elle soit effective. Au lieu de se poser des questions sur la pertinence de certains cours, sur le fait que certains étudiants sont obligés de se salarier, et ainsi de suite, l’IEP s’apprête à décréter l’interdiction (pour les étudiants, on s’entend bien) d’être absent. Et bien même logique pour la professionnalisation. C’est la crise et les diplômés ont du mal à trouver un boulot à la sortie ? Qu’à cela ne tienne, on va faire des cours pour leur apprendre comment être un vrai pro !

L’IEP compte en son sein une diversité impressionnante de parcours potentiels. Recruter quelqu’un qui vient de la SKEMA pour nous parler de professionnalisation en 2A, à quoi ça rime ? On ne devient pas banquier de la même façon qu’on devient un homme ou une femme politique, par exemple. On ne fonde pas sa boîte de la même façon qu’on devient enseignant-chercheur.

Les cours donnés une fois le master choisi sont peut-être, à première vue, moins rocambolesques que ceux imposés dès la 2A, avant même la spécialisation. Sauf que cela rime à quoi de noter ces cours ? Bon, on peut peut-être noter un CV. Encore que… un CV, ça s’adapte à son public. À titre personnel, je n’expédie jamais deux fois un CV identique. Noter un projet professionnel, par contre, à quoi ça rime ?
D’abord, c’est porter un jugement de valeur sur les projets d’une personne. Si je décide de devenir berger sur le plateau du Larzac, vais-je avoir un zéro pointé parce que c’est trop un projet de marginal ? Si je veux faire de la littérature, de la poésie, du théâtre ? Devenir moine ? Bon, OK, tout ça, y a peu d’étudiants qui sont concernés, mais quand même, il y en a forcément qui voudront faire de la recherche par exemple, et eux on leur dira quoi, à part pour la 100e fois : « non mais chercheur c’est une filière chômage ? ».
Viennent ensuite, beaucoup plus nombreux, les étudiants qui savent pas encore trop ce qu’ils veulent, ou peuvent faire. S’ils n’étaient pas notés, et que juste on ouvrait (comme on le demande depuis un bout de temps) un bureau d’orientation et d’aide à l’insertion professionnelle, on pourrait aller demander des conseils en parlant honnêtement des difficultés que l’on rencontre. Si c’est noté par contre, il suffira de lire le barème, et de bidonner un projet parfait. Ce qui n’a strictement aucune utilité et qui fait même perdre un temps précieux.

Pour s’insérer sur ce fameux « marché » du travail, il faut savoir certes rédiger un CV et une lettre de motivation, mais il faut surtout avoir développé des compétences pratiques par les stages et les assos. Il faut rencontrer des gens. Pas juste pour le réseau et les pistons, mais ne serait-ce que pour découvrir tous les métiers qui existent et comment y accéder. Il faut avoir assisté à des colloques professionnels, peut-être publié quelque chose (à ce titre, nous souhaiterions que les étudiants qui le veulent puissent publier leurs mémoires sur le site de l’IEP). Bref, il faut être allé sur le terrain, comprendre comment ça se passe en vrai. Et pas dans une salle de cours.
Or, l’IEP décourage tout ça. On sait déjà que les assos ont parfois la vie dure. Rajoutons à cela que ni le fait d’assister à un salon professionnel, ni même les entretiens d’embauche, ne sont considérés comme des justifications valables pour pouvoir manquer un cours …

Tout ceci, financé par nos frais de scolarité qui sont de plus en plus élevés, est paternaliste à souhait et, comme démontré, contre-productif. Ça déresponsabilise, du reste, les étudiants. Mais le plus inquiétant, à notre sens, est que c’est un dévoiement de la mission de l’établissement. L’IEP a une vocation académique. Il note les étudiants en fonction de leur performance académique. C’est tout. L’IEP n’a pas à connaître nos autres forces et faiblesses. D’autant plus que les notes vont figurer sur un relevé qui peuvent affecter les chances d’un étudiant d’être pris ailleurs, dans la perspective d’une poursuite d’études. Les autres universités ne s’attendent en effet probablement pas à ce que figurent dans le relevé scolaire des notes n’ayant rien à voir. À ce rythme, nous ne serions même plus étonnés si demain on nous imposait des cours de diététique parce que quand même c’est important de savoir manger équilibré…

2 réponses à “Notre projet professionnel ne regarde pas l’IEP !

  1. Il convient de rappeler que la politique d’insertion professionnelle répond à une logique d’évaluation de l’établissement par l’AERES. Mais c’est effectivement notre initiative et parcours privée, qui ne concerne pas directement l’établissement, qui est en jeu dans cette nouvelle mesure. Nous devons bien évidemment refuser tout formatage de notre parcours professionnel propre à chacun (déjà que nous le sommes par les cours, surtout dans les deux premières années).
    Ensuite, il est vrai, le problème est que les étudiants de Sciences Po construisent un projet professionnel un peu trop tardivement. Certains y pensent seulement une fois arrivée en 5 A. C’est pas terrible.
    Il s’agit donc d’abord en priorité, selon moi, de lutter contre la politique anti-stage martelée continuellement par Mardellat d’année en année. Les stages comptent plus, beaucoup plus qu’on ne le croit une fois arrivée sur le marché du travail et lorsqu’il s’agit d’être mis sur une grille de salaire par un DRH. Il vaut mieux clairement un bon stage dans une ONG, une ambassade, au sein d’un ministère ou dans une entreprise privée, que de partir en échange universitaire à Halifax, à Bakou ou Monterrey.
    C’est donc en 2 A qu’il faut effectivement s’attaquer au problème. L’engagement associatif est quelque chose d’important, mais il ne faut pas que cela reste superficiel.
    En guise de proposition :
    – Noter l’engagement associatif (critères à définir)
    – Favoriser un maximum le départ des étudiants en stage en 3 A
    – Créer une plate-forme (même physique) permettant de solliciter les anciens, les étudiants à Sciences Po Lille dans les années supérieures. Chacun doit pouvoir avoir une approche personnalisée du réseau « Sciences Po ».
    – Et dire étudiants qu’il n’y a pas que les cours, les examens et les notes dans la vie, et que l’insertion professionnelle qui nous attend tous sera peut être bien plus déterminant pour ceux qui ne poursuivent pas en troisième cycle. Les cours ne sont pas des finalités, mais des outils !

  2. Pascal Piedbois

    Bonjour,

    A titre personnel, je crois que beaucoup d’étudiants de l’école sous-estiment pendant (trop) longtemps l’utilité d’une bonne présentation face au recruteurs. Passer des entretiens de groupe avec (ou plutôt contre) des jeunes de notre age sortis d’école de commerce, discuter simplement avec eux, suffit à se rendre compte du gouffre qui nous sépare dans la capacité à « nous vendre ». Soit, on est pas des purs produits destinés à un marché bien formaté blablabla… mais en attendant, il va bien falloir trouver un boulot.

    Tout ça pour dire qu’un ou deux cours pour nous apprendre à rédiger nos CV, à écrire des lettres de motivation ou encore à être bons en entretiens, ça ne fait de mal à personne et ça peut même être extrêmement utile, n’en déplaise à nos égos.

    Pour ce qui est de la notation… c’est évidement stupide. Et c’est assez révélateur de la mentalité schizophrène qui règne au sein du CA de l’IEP (je parle des profs, pas des étudiants). Noter l’insertion professionnelle à l’IEP, c’est un peu transformer ce qu’on ne sait absolument pas faire dans cette école en quelque chose d’à peu près connu – une note. Ça rassurera l’administration mais ne résoudra probablement pas les problèmes de fonds.

    On ne peut pas penser que tout ce qui compte ce sont les cours, ne pas être trop regardant sur la qualité de ceux-ci, et puis arrivé en 5A expliquer aux étudiants que maintenant, c’est « le vrai monde ». On ne peut pas afficher une telle aversion pour tout ce qui est un tant soit peu professionnel (les discours anti-stages de M. Mardellat que tu rappelles, Gabriel, sont clairement contre-productifs pour tout le monde), et dire ensuite à la presse que le « diplôme de sciences po Lille se suffit en lui-même » (Cf interview de Pierre Mathiot).

    Bref, il va falloir un jour adopter une politique à peu près claire. Jouer entre « école du savoir » et « école professionnalisante » est complexe mais possible, à condition d’y mettre les moyens et de ne pas dire n’importe quoi aux étudiants – à moins de se résoudre à de les voir, toujours plus nombreux, finir leurs cursus… en école de commerce.

    Faisons comme vous le proposez, un vrai « bureau d’orientation et d’aide à l’insertion professionnelle », mettons en place une vraie politique de stages, ce sera déjà bien.

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